L’intelligence artificielle est-elle le coupable idéal pour justifier les mises à pied et restructurations dans nos entreprises ? La question se pose de plus en plus pressante alors que l’on observe une tendance inquiétante chez nos voisins américains. Snapchat, Meta, Amazon : ces géants du numérique ont déjà fait des vagues avec leurs décisions radicales, éliminant 16 % de leur personnel pour certains. Pourtant, Xavier Parent-Rocheleau, professeur à HEC Montréal, nous rassure en affirmant que le Canada n’est pas encore sur cette voie destructrice.
Cependant, la réalité est plus nuancée et moins réconfortante qu’il ne veut bien l’admettre. Il y a certes une absence de licenciements massifs au Québec pour l’instant, mais Sophie Mongeon, avocate en droit du travail, souligne un phénomène préoccupant : la non-embauche. Les entreprises choisissent de réduire le nombre d’embauches ou de ne pas embaucher du tout, principalement pour des postes d’entrée. C’est une manière subtile mais efficace de faire face à l’évolution technologique sans provoquer un tollé médiatique.
Cette tendance est particulièrement visible dans les secteurs administratif, en services à la clientèle et même juridique. L’IA ne se contente pas d’automatiser des tâches répétitives ; elle bouleverse toute une logique de gestion du personnel. Une étude de l’Institut du Québec réalisée en 2025 mettait déjà en lumière la vulnérabilité de plus de 810 000 travailleurs québécois face à l’automatisation et à l’intelligence artificielle, soit près d’un cinquième de notre main-d’œuvre. C’est un chiffre qui ne doit pas être pris à la légère.
Les syndicats commencent enfin à se faire entendre. Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a récemment demandé au gouvernement fédéral des mesures pour protéger les travailleurs contre l’impact croissant de l’IA. Pourtant, Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec, déplore le silence assourdissant des autorités tant à Ottawa qu’à Québec. Les clauses dans certaines conventions collectives visant à protéger les travailleurs contre les avancées technologiques ne suffisent pas pour tous.
Il est temps que nos gouvernements réagissent avant que la situation ne devienne critique. L’IA, bien loin d’être une simple outil de productivité, risque de se transformer en un prétexte commode pour des décisions économiques impopulaires. Alors, lecteur, sommes-nous prêts à accepter ce nouvel ordre du travail sans nous battre ?
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